Bandes

Depedro

Mon père ne parlait pas beaucoup, il ne voulait pas tout remplir des paroles. Je suis un bavard. Mon père ne parlait pas beaucoup, parfois il ne parlait pas, il émettait un son, un grognement ou un petite rire. Ou il lançait un regard. Il n´y avait pas besoin de plus.

J´ai pensé beaucoup à mon père en écoutant « El Pasajero » parce que c´est un disque muet mais plein de sons, un disque simple mais chargé des mondes, un disque contenu mais infini, un disque ou il n´y a trop de rien, un disque magique parfois, diffèrent de presque tout qu´on écoute, un disque qui crée son propre langage sonore et littéraire. C´est surprissent : l´anticonformisme, la recherche constant de Jairo Zavala, son univers atteignent ici une unité, une cohérence et surtout une profondeur, une beauté absolument émotionnants et transformateurs. Tu n´es pas la même personne après de te plonger dans « El Pasajero ».

Jairo dit que son passager n´a rien à voir avec l´un d´Iggy Pop. Il n´est le conducteur, il ne tient pas les rênes, est un observateur qui profite du voyage, qui survit au voyage, qui apprend dans le voyage, se fait voyage. Ce passager peut être milles des personnes sur lesquelles Jairo tombe dans son parcours infatigable à travers le monde. Ces personnes qui poursuivent son jour, son espoir, qui regardent, ces invisibles auxquels il chante dans une des chansons les plus parfaits du travail : « Déjalo ir », une chanson nu qui invite à écouter auxquels on n´écoute pas.

Ces passager parcourent chaque jour la « Panamericana », cette veine d´Amérique qui traverse d´Alaska à Terre de Feu, métaphore du grand voyage humaine qui a son hymne, la chanson qui ouvre le disque et te fait danser et penser, te fait rire et t´écorche. Beaucoup arrivent ou traversent le DF, la capitale de Mexique, la grande mégalopolis à la que le passager Depedro chante avec l´étranger Bunbury, dans un exemple imbattable de comme dessiner une ville avec des sons. Et qui a son contrepoint dans « Hay algo ahí » qui rappelle que le monde n´est pas tellement mal, qu´il y a beaucoup de bon dans chacun qui font le monde.

Il y a aussi une regarde des premiers passagers à l´Afrique. De ce continent est née l´énergie que détache ce disque, plus que trois ans après d´« Un hombre bueno ». Et cette énergie se ramasse dans « Gigantes », qui nous rappelle que n´importe d´où tu viens parce que l´important est où tu vas et dans une chanson si dévastateur comme « Antes de que anochezca » qui fusionne de la musique africaine avec nord-américaine et dans laquelle Jaire joue la guitare comme si c´était une kora. Une chanson qui augmente et t´attrape par l´intérieur, qui te lève et te tire et qui a émotionné au grand John Convertino quand il l´a enregistré.

L´enregistrement a été probablement le voyage le plus incertain de « El Pasajero ». Jairo et les Caléxico dans le studio de Tucson, quinze jours d´un gelé décembre, en enregistrent analogiquement, sans la possibilité de rectifier, de retoucher, en se précipitent à la recherche de l´émotion, de l´instant, de la honnêteté. En incluant en plus des délicieux vents et un quatuor de corde, avec des arrangements de Tom Hagerman de Devotchka et interprété par des musiciens de la philharmonie de la cité, encouragés au cri de « presse, presse, que c´est du rock ». Bien sûr qu´ils pressent, doucement, presque hypnotiquement, dans « La casa de sal », un voyage au territoire de l´enfance. Et ils pressent, mais la gorge, dans « Ser valiente », une autre des bijoux de ce disque, une déclaration de vie : il faut être vraiment courageux pour maintenir ce qu´on aime le plus.

Et dans cette mélange des couleurs on trouve la luminosité et le divertimento de « Solo el sonido », la vraiment surprenant et des années cinquante « Acuérdate », avez la voix de Gaby Moreno aussi suggestif comme le reste du disque, et l´intime, presque minimaliste, « Miedo », une pétition très spécial qui reste dans le gout de l´écoute.

Dans le “Pasajero” Jairo purifie sa technique : aller de l´intime au général, du personnel au social. Et il fait ça aussi avec de la musique : te caresser avec l´auriculaire et après te laisser au milieu de la tempête. En écoutant « El Pasajero » tu sens qu´il te parle du monde, qu´il te fait voyager, mais il te parle aussi du plus petit de toi, des personnes que tu aimes. C´est ça probablement la raison d´avoir pensé à mon père. Probablement c´est pour ça que vous sentirez tant de chosez avec ce disque. Je pourrai dire beaucoup plus, me prolonger, mais comme mon père disait : « muet, c´est tout dit ».